Matière · protection des sources
Sources et confidentialité
Ce qu’un engagement de confidentialité implique réellement, et comment éviter d’identifier une personne par accident.
Présentation générale. Le contenu exact de la loi du 7 avril 2005 et son application à un cas relèvent d’un avocat ou de l’instance compétente.
1. Ce que « source » désigne
Le mot recouvre trois réalités qu’il vaut mieux nommer séparément : un document, une personne, une observation. Les trois se traitent différemment. Un document se vérifie et s’archive. Une observation se date et se décrit. Une personne, elle, a des intérêts, une exposition possible et des droits. C’est pour les personnes que la notion de confidentialité prend un sens : un document n’a pas besoin d’être protégé, une personne peut en avoir un besoin vital pour son emploi ou sa tranquillité.
2. Le cadre belge de la protection des sources
En Belgique, la protection des sources journalistiques est encadrée par la loi du 7 avril 2005. Elle établit un principe de non-divulgation et prévoit des exceptions strictement délimitées, appréciées par le juge. Cette page n’en donne pas le détail, et pour une bonne raison : un résumé de loi mal calibré est plus dangereux qu’une absence de résumé. Ce qui compte pour un rédacteur est de savoir que le cadre existe, qu’il a des limites, et qu’une question réelle se pose à un juriste.
3. Promettre ce que l’on peut tenir
Une promesse de confidentialité engage durablement, y compris après la publication et y compris si l’affaire devient judiciaire. Ne promettez donc que ce que vous et votre rédaction pouvez tenir. Cela suppose de savoir, avant de promettre, qui aura accès à vos notes, comment elles sont stockées, et ce que votre média ferait en cas de pression. Une promesse faite seul, sans prévenir sa rédaction, expose la personne davantage qu’une prudence annoncée d’emblée.
4. Trois niveaux d’anonymat, trois formulations
L’anonymat total ne mentionne rien qui permette d’identifier la personne, ce qui affaiblit la valeur du témoignage aux yeux du lecteur. L’anonymat fonctionnel indique un rôle — « un agent du service » — et suffit souvent. La pseudonymisation attribue un prénom d’emprunt et doit être signalée comme telle, sans quoi elle devient un mensonge. Le choix se motive et s’explique au lecteur : une phrase suffit pour dire pourquoi cette personne n’est pas nommée.
5. Le risque d’identification indirecte
Anonymiser un nom ne protège pas si le reste du texte identifie la personne. Un service de quatre agents, une fonction unique dans une commune, une anecdote connue en interne : le recoupement se fait en une minute par un collègue. Avant publication, relisez le texte en vous mettant dans la position de l’employeur : combien de personnes correspondent à cette description ? Si la réponse est une ou deux, retirez un détail, quitte à perdre en couleur.
6. Données personnelles et sécurité pratique
Les notes, enregistrements et messages relatifs à une source contiennent des données personnelles, et leur traitement relève du RGPD avec les aménagements prévus pour le journalisme. Concrètement : limitez les copies, évitez de conserver le nom complet à côté du contenu sensible, protégez l’accès à vos appareils, supprimez ce qui n’est plus utile. Ces précautions ne sont pas de la paranoïa : la plupart des identifications accidentelles viennent d’une négligence de rangement, pas d’une interception.
7. Ce que l’on doit au lecteur
Un témoignage anonyme demande une compensation de transparence : dire pourquoi l’anonymat est accordé, ce que la rédaction a vérifié, et par quel moyen. « Nous avons vérifié la fonction de cette personne et consulté deux documents internes » donne au lecteur de quoi juger. Sans cette phrase, un témoignage anonyme ressemble à une source inventée, et il n’existe aucun moyen pour le lecteur de faire la différence.
8. Quand refuser une information
Certaines informations arrivent avec des conditions inacceptables : exclusivité en échange d’un cadrage, interdiction de solliciter la partie mise en cause, obligation de publier avant vérification. Refuser est alors la seule option professionnelle, même si l’information est vraie. Le principe est simple : une source fournit des éléments, elle ne dirige pas la rédaction. Notez ces conditions quand elles sont posées : elles renseignent souvent sur l’intention de celui qui parle.
Trajet d’un contact confidentiel, du premier échange à l’archivage
- Premier contact
Identification claire du média et du sujet, sans engagement encore.
- Évaluation du risque
Exposition professionnelle, personnelle, juridique de la personne.
- Accord formulé
Régime d’usage précis, limites, et ce que la rédaction peut tenir.
- Collecte
Notes séparant identité et contenu, copies limitées.
- Vérification
Recoupement documentaire indépendant du témoignage.
- Relecture d’identification
Recherche des indices permettant un recoupement interne.
- Publication
Mention du motif de l’anonymat et de ce qui a été vérifié.
- Archivage
Conservation minimale, suppression de ce qui n’est plus utile.
| Niveau | Ce qui est publié | Coût pour le lecteur |
|---|---|---|
| Nom et fonction | Identité complète | Aucun : crédibilité maximale |
| Fonction seule | « Une agente du service X » | Faible, si le motif est expliqué |
| Catégorie large | « Un membre du personnel communal » | Moyen : valeur du témoignage réduite |
| Prénom d’emprunt signalé | « Nous l’appellerons Marie » | Moyen : exige d’expliquer la vérification faite |
| Aucune indication | Témoignage sans attribution | Élevé : indiscernable d’une source inventée |
Six gestes qui exposent une source sans qu’on y pense
- Citer un détail unique : l’horaire d’une garde, un intitulé de poste qui n’existe qu’une fois, une réunion à laquelle six personnes assistaient.
- Reprendre la formulation exacte d’un courriel interne : elle permet de retrouver l’expéditeur plus sûrement qu’un nom.
- Solliciter la partie mise en cause en énumérant des éléments que seules deux personnes pouvaient connaître.
- Conserver le nom complet dans le titre du fichier ou dans les métadonnées d’une photographie transmise.
- Remercier publiquement, même vaguement, une personne pour son aide sur un sujet précis : le rapprochement se fait seul.
- Publier une capture d’écran non recadrée : le nom d’un dossier, une heure d’envoi ou une barre d’onglets suffit à situer un poste de travail.
Avant de promettre la confidentialité
- Le risque réel encouru par la personne est évalué et noté.
- Le régime d’usage est formulé précisément, pas résumé par « off ».
- La rédaction est informée de l’engagement pris.
- Les notes séparent l’identité du contenu sensible.
- Le texte a été relu pour rechercher les identifications indirectes.
- Le motif de l’anonymat est explicable au lecteur en une phrase.
- Un recoupement documentaire indépendant du témoignage existe.
- Les fichiers inutiles seront supprimés après publication.
Trois questions fréquentes
Peut-on revenir sur une promesse de confidentialité ?
Non, sauf accord explicite de la personne. Un engagement de non-divulgation se prend pour la durée ; c’est précisément ce qui lui donne sa valeur. En cas de pression, la question relève de votre rédaction et d’un juriste.
Un témoignage anonyme suffit-il à publier ?
Rarement. L’usage veut un recoupement documentaire ou une seconde source indépendante, surtout si le témoignage met quelqu’un en cause. L’anonymat réduit la capacité du lecteur à juger : la rédaction compense par sa propre vérification.
Comment protéger ses notes en pratique ?
En limitant les copies, en évitant de stocker l’identité à côté du contenu sensible, en protégeant l’accès aux appareils et en supprimant ce qui n’est plus utile. La plupart des fuites viennent d’un rangement négligé, pas d’une attaque technique.