Matière · secrétariat de rédaction
Titres et édition
Le titre engage plus que le texte : comment titrer juste, couper sans détruire une nuance et corriger proprement.
Usages de rédaction décrits à titre pédagogique. Le droit de réponse et les mises en cause nominatives relèvent d’un juriste.
1. Le titre informe ; il n’intrigue pas
Un titre d’information contient un sujet, un verbe et l’élément nouveau. Il se comprend sans le texte et ne promet rien que le texte ne tienne. Le titre d’accroche, qui retient l’information pour provoquer le clic, produit un effet mesurable à court terme et une perte de confiance durable : le lecteur qui découvre que la réponse n’était pas dans l’article se souvient du média, pas du sujet. La règle pratique : si le titre pose une question, le texte doit y répondre.
2. Le titre ne peut pas dépasser le texte
Si l’article écrit « le collège envisage », le titre ne peut pas écrire « la ville décide ». Cette règle paraît évidente et se viole souvent, parce que le titre est fréquemment écrit par une personne qui n’a pas assisté à la séance et qui dispose de peu de caractères. La solution est organisationnelle : le rédacteur propose un titre avec son texte, et le secrétariat de rédaction vérifie la concordance avant de raccourcir.
3. Surtitre, titre, sous-titre : trois fonctions
Le surtitre situe : rubrique, lieu, dossier. Le titre porte l’information nouvelle. Le sous-titre ajoute la précision qui ne tenait pas dans le titre : date d’application, périmètre, nuance de statut. Répartir ainsi évite les titres de vingt mots. Une erreur courante consiste à mettre le lieu dans le titre alors qu’il appartient au surtitre : le titre perd des caractères utiles pour son verbe et son objet.
4. Ce que fait le secrétariat de rédaction
Cette fonction relit, titre, calibre et vérifie une dernière fois. C’est le seul regard qui lise le texte comme un lecteur et non comme son auteur, et c’est pourquoi il repère les phrases incompréhensibles que l’auteur croyait limpides. Ses interventions portent sur trois niveaux : la clarté de la phrase, la cohérence de l’ensemble, et la conformité entre le titre, le chapeau et le corps. Un texte sans cette relecture publie ses erreurs de compréhension.
5. Couper sans casser
Le calibrage impose souvent d’enlever dix à vingt pour cent. L’ordre des coupes compte : adverbes, incises explicatives, redites de contexte, puis phrases de commentaire, puis deuxième citation si elle répète la première. Ce qui ne se coupe jamais : un statut de décision, une nuance juridique, une réserve de vérification, une mention de source unique. Sacrifier ces éléments pour gagner deux lignes produit un rectificatif, c’est-à-dire deux fois plus de travail.
6. L’intertitre, outil de lecture
Les intertitres servent au lecteur qui parcourt : ils doivent annoncer le contenu du bloc suivant, pas amuser. Un intertitre allusif oblige à lire pour savoir de quoi il parle, ce qui est exactement l’inverse de sa fonction. Comptez un intertitre tous les trois à cinq paragraphes dans un texte long. Ils facilitent aussi la relecture : un plan qui ne se résume pas en intertitres clairs est souvent un plan qui n’existe pas.
7. Le chapeau, écrit en dernier
Deux ou trois phrases donnant l’essentiel à qui ne lira pas plus loin. Il complète l’attaque au lieu de la recopier, en ajoutant l’élément de contexte manquant. Écrit avant l’article, il annonce un texte qui n’existe pas encore, et l’on finit par tordre le texte pour qu’il ressemble à son annonce. Écrit après, il devient un exercice de synthèse rapide et souvent révélateur : un article qu’on ne parvient pas à résumer en trois phrases a un problème de cadrage.
8. Les corrections après publication
Un titre inexact se corrige comme une erreur de texte, avec la même mention datée. En ligne, la modification silencieuse est techniquement facile et éditorialement coûteuse : un lecteur qui compare deux versions sans explication conclut à la dissimulation. La pratique saine consiste à corriger vite et à indiquer ce qui a changé. Le rectificatif se distingue du droit de réponse, qui est encadré par la loi et relève d’un autre mécanisme.
| Ce que dit le texte | Titre acceptable | Titre excessif |
|---|---|---|
| Le collège propose un règlement | « Le collège propose d’interdire le transit rue X » | « La rue X sera interdite au transit » |
| Approuvé en première lecture | « Premier feu vert pour la zone piétonne » | « La zone piétonne est adoptée » |
| Un rapport signale un retard de six mois | « Un rapport pointe six mois de retard » | « Le chantier est un fiasco » |
| Trois riverains témoignent | « Des riverains dénoncent le bruit nocturne » | « Le quartier se révolte » |
| La personne n’a pas répondu dans le délai | « La société n’a pas répondu à nos questions » | « La société refuse de s’expliquer » |
| Un rapport formule une recommandation | « Un rapport recommande de fermer l’aile ouest » | « L’aile ouest va fermer » |
| Une enquête administrative est ouverte | « Une enquête administrative est ouverte sur le marché » | « Des irrégularités découvertes dans le marché » |
Erreurs de titrage les plus fréquentes
- Titrer sur la citation la plus vive plutôt que sur le fait : le titre devient l’opinion d’une personne présentée comme l’information du jour.
- Supprimer un verbe pour gagner des caractères : « Zone piétonne rue X » ne dit pas si elle est proposée, votée ou abandonnée.
- Employer un futur là où le texte emploie un conditionnel : c’est la transformation la plus discrète et la plus contestée.
- Nommer une personne dans le titre alors que le corps du texte ne la met en cause que par la voix d’un tiers.
- Reprendre mot pour mot le titre du communiqué : le vocabulaire de l’émetteur porte son cadrage avec lui.
- Écrire un chapeau qui répète l’attaque : le lecteur lit deux fois la même phrase et perd la deuxième information disponible.
- Laisser un intertitre allusif : il oblige à lire le bloc pour savoir de quoi il parle, alors que sa fonction est exactement l’inverse.
- Corriger un titre en ligne sans mention : la modification silencieuse coûte plus cher, en confiance, que l’erreur initiale.
Relecture d’édition : huit contrôles
- Le titre est vérifiable à partir du seul corps du texte.
- Le statut exact des décisions figure dans le titre ou le sous-titre.
- Le chapeau complète l’attaque au lieu de la répéter.
- Les intertitres annoncent réellement le contenu qui suit.
- Les coupes n’ont supprimé aucune réserve de vérification.
- Les noms propres et fonctions sont orthographiés correctement.
- Aucun adjectif de jugement n’a été ajouté au titrage.
- Une procédure de correction datée est prévue en cas d’erreur.
Trois questions fréquentes
Qui décide du titre ?
L’usage varie : le rédacteur propose, le secrétariat de rédaction ou le rédacteur en chef arbitre. Ce qui compte, c’est que la personne qui titre ait accès au texte complet et puisse vérifier la concordance avant publication.
Peut-on modifier un titre après publication ?
Oui, et il faut le faire s’il est inexact. La bonne pratique consiste à signaler la modification et sa date, comme pour toute correction de fond. Une modification silencieuse repérée par un lecteur coûte plus cher que l’erreur initiale.
Combien de caractères pour un titre ?
Cela dépend entièrement de la maquette et du support. Le repère utile n’est pas un nombre mais une question : le titre reste-t-il exact si on lui retire ses trois derniers mots pour le faire tenir ?